Le 6 septembre 2021, un nouvel article d’Emily Feng, journaliste, a mis en lumière un phénomène fascinant en Chine : les parents “jiwa”, ou “parents de sang de poulet”. Ces parents sont connus pour leur style parental très attentif, voire obsessionnel, qui pousse leurs enfants à réussir. Dans un contexte où les familles chinoises sont encouragées à avoir plus d’enfants, ces pratiques parentales hypercompétitives soulèvent des préoccupations quant à l’impact émotionnel et financier sur les familles. Les parents consacrent souvent une part importante de leurs ressources à l’éducation de leurs enfants, ce qui crée une pression considérable. Rainy Li, parent jiwa de deux filles, affirme : « Nous nous sentons obligés d’investir plus pour que nos enfants aient une chance de succès dans un environnement si compétitif ». Cette dynamique soulève des questions sur l’équilibre entre le soutien parental et le bien-être émotionnel des enfants. Avec la montée de la culture jiwa, les préoccupations liées à l’épuisement et au stress familial sont plus que jamais d’actualité. Ce phénomène met également en lumière des inégalités croissantes au sein de la société chinoise, où l’accès à des ressources éducatives de qualité varie considérablement. L’article complet peut être consulté ici : https://www.npr.org/2021/09/06/1024804523/forget-tiger-moms-now-chinas-chicken-blood-parents-are-pushing-kids-to-succeed.
Les parents jiwa : une nouvelle dynamique
Dans les quartiers de Pékin, les journées des enfants sont minutieusement planifiées, souvent par tranches de 15 minutes. Rainy Li, parent jiwa de deux filles, souligne que l’obsession pour la réussite académique pousse de nombreux parents à investir des sommes considérables dans des cours particuliers et des activités extrascolaires. Cette pression pour réussir est exacerbée par la croissance rapide du secteur de l’éducation privée en Chine, qui vaut désormais des milliards de dollars.
Les parents, souvent issus de milieux modestes, voient dans l’éducation un moyen d’élever leur statut socio-économique. Ils dépensent entre un quart et presque la moitié de leurs revenus pour des activités éducatives complémentaires afin d’assurer un avenir brillant à leurs enfants. Les parents jiwa, bien qu’ils s’efforcent de donner le meilleur à leurs enfants, doivent également faire face à des préoccupations croissantes concernant le stress et l’épuisement émotionnel que cette culture engendre. Selon Amber Jiang, auteur à succès d’un livre sur la parentalité, « cette pression constante pousse les enfants à des niveaux de stress que les adultes eux-mêmes ne peuvent supporter ».
En conséquence, les enfants se retrouvent souvent surchargés de devoirs et d’activités, ce qui peut entraver leur développement émotionnel et social. Dans une société où le succès académique est souvent synonyme de réussite future, les parents semblent justifier ces sacrifices en pensant que leurs enfants seront mieux préparés pour les défis de la vie. Cependant, cela soulève des préoccupations sur la santé mentale des enfants. Lixin Ren, psychologue à l’Université normale de l’Est de la Chine, observe que « l’intensité de la culture jiwa peut conduire à des troubles anxieux chez les jeunes, les rendant réticents à prendre des risques ou à explorer leurs passions ».
Il existe également une hiérarchie parmi les parents jiwa, où ceux qui investissent le plus dans les activités de leurs enfants sont souvent valorisés au sein de leur communauté. « Il y a une pression sociale qui nous pousse à vouloir que nos enfants soient les meilleurs, même si cela signifie sacrifier leur bonheur », déclare une autre mère jiwa, soulignant ainsi l’aspect compétitif de cette dynamique. Ce phénomène met en lumière non seulement les aspirations des parents, mais aussi les défis émotionnels auxquels les enfants font face dans ce climat de rivalité extrême. Les parents jiwa naviguent donc dans un équilibre délicat entre soutien et pression, ce qui soulève des questions sur l’avenir de la parentalité en Chine.
Les effets de la culture jiwa
Le style parental jiwa entraîne une compétition féroce, où les enfants sont poussés à exceller dans tous les domaines, de l’académique au sportif. Amber Jiang, auteur à succès d’un livre sur la parentalité, décrit ses camarades parents jiwa comme « les forts se nourrissant des faibles ». Elle souligne que cette compétition pour entrer dans les meilleures écoles crée un environnement anxiogène, où les enfants se retrouvent souvent surchargés de devoirs et d’activités. Ce climat compétitif peut également engendrer des rivalités entre les enfants, qui se comparent les uns aux autres sur leurs performances.
Cependant, toutes les familles ne sont pas égales face à cette pression. Certains parents, comme Audrey Wang, mère de deux filles, tentent d’adopter un style plus relaxé, mais reconnaissent qu’une certaine pression est nécessaire. Elle admet : « Je crains que mes enfants ne saisissent pas les opportunités qui s’offrent à eux si je ne les pousse pas un peu ». Cette dichotomie entre l’aspiration à la réussite et le désir d’une éducation équilibrée est au cœur des préoccupations des parents aujourd’hui.
Les effets de la culture jiwa vont au-delà des simples performances académiques. De nombreux enfants souffrent d’anxiété et de stress, ce qui affecte leur santé mentale et leur bien-être général. Selon Lixin Ren, psychologue à l’Université normale de l’Est de la Chine, « les enfants souvent soumis à une pression intense peuvent développer des comportements d’évitement, ce qui les empêche d’explorer de nouvelles activités ou d’interagir socialement ».
Ce phénomène est exacerbé par les attentes irréalistes placées sur les enfants, qui se sentent souvent incapables de répondre aux exigences de leurs parents. Les parents, quant à eux, peuvent ressentir une pression similaire, cherchant à maintenir une image de réussite au sein de leur communauté. Zhao Juan, blogueur éducatif basé à Pékin, affirme que « la quête de succès devient une course sans fin, où le bien-être des enfants est souvent relégué au second plan ».
Il est crucial de reconnaître que cette culture jiwa, bien que motivée par le désir de réussite, peut avoir des conséquences néfastes. Les parents et les éducateurs doivent travailler ensemble pour créer un environnement qui valorise non seulement la performance académique, mais aussi le développement émotionnel et social des enfants. En fin de compte, l’éducation devrait être un parcours d’épanouissement, et non un stress constant.
La réaction du gouvernement
Face à cette culture de la compétition, le gouvernement chinois a mis en place des réglementations pour limiter le nombre de cours particuliers et alléger le fardeau des devoirs. En juillet 2021, le Parti communiste et le Conseil d’État ont introduit des règles strictes visant à réduire la pression sur les enfants, notamment en interdisant les cours de soutien scolaire après l’école pour les élèves du primaire et du collège. Ces nouvelles règles visent à encourager des méthodes d’apprentissage plus équilibrées, favorisant le bien-être des enfants plutôt que des performances académiques à tout prix.
Cependant, malgré ces tentatives de régulation, le phénomène du jiwa semble s’intensifier. Rainy Li, parent jiwa de deux filles, fait état d’un phénomène inquiétant : « Les parents continuent de chercher des moyens de contourner ces nouvelles règles pour assurer la réussite de leurs enfants », dit-elle. En effet, les enseignants privés continuent d’offrir des cours en dehors des cadres réglementés, souvent sous le manteau, soulignant que le désir de réussir reste profond. Cela met en lumière une dichotomie entre les intentions du gouvernement et la réalité des comportements parentaux.
Des experts, comme Xuan Li, psychologue en parentalité à NYU Shanghai, soulignent que « ces nouvelles réglementations pourraient avoir des effets mitigés, car elles ne s’attaquent pas à la racine du problème : les attentes culturelles en matière de réussite ». Les parents, motivés par la peur de l’échec et le désir de voir leurs enfants exceller, sont souvent prêts à prendre des risques pour contourner les restrictions. Ils se tournent vers des méthodes alternatives, telles que des cours privés informels ou des programmes d’éducation à domicile, qui échappent à la régulation.
Ce climat de compétition exacerbé, combiné aux nouvelles restrictions, génère une anxiété supplémentaire. Les parents craignent que leurs enfants ne soient pas en mesure de rivaliser avec leurs pairs, ce qui les pousse à investir encore plus de temps et d’argent dans leur éducation. Comme l’indique Amber Jiang, « même avec les nouvelles réglementations, la pression pour réussir n’a pas disparu ; elle s’est simplement transformée et a trouvé de nouvelles voies d’expression ».
Ainsi, la réaction du gouvernement, bien que bien intentionnée, soulève des questions sur son efficacité réelle. Alors que les parents cherchent désespérément à garantir un avenir brillant pour leurs enfants, il semble que le défi de trouver un équilibre entre succès académique et bien-être émotionnel reste un enjeu majeur dans la société chinoise contemporaine.
La dynamique sociale et les attentes
Les parents, quelle que soit leur classe sociale, ressentent une pression sociale croissante pour que leurs enfants réussissent. Cette pression est particulièrement palpable dans les grandes villes comme Pékin, où la concurrence pour accéder aux meilleures écoles est féroce. Isabella Liang, mère d’une fille de 9 ans, témoigne de cette réalité : « L’environnement social autour de moi m’a poussée à m’inquiéter de l’éducation de ma fille, car je voyais d’autres parents partager les réussites de leurs enfants sur les réseaux sociaux ». Ce phénomène de comparaison sociale alimente un cycle de stress et d’anxiété qui touche non seulement les enfants, mais également les parents.
Les parents se retrouvent souvent dans une course effrénée pour prouver leur valeur à travers les succès de leurs enfants. Cette dynamique crée une ambiance où les réalisations individuelles sont souvent mesurées par rapport à celles des autres, ce qui peut engendrer des sentiments d’insuffisance et de culpabilité. Xuan Li, psychologue en parentalité à NYU Shanghai, affirme : « Les parents se comparent entre eux, ce qui les pousse à investir toujours plus dans l’éducation de leurs enfants, souvent au détriment de leur propre bien-être et de celui de leurs enfants ».
Le résultat est un environnement où le succès est non seulement attendu, mais exigé. Les enfants, quant à eux, ressentent cette pression et peuvent développer une peur de l’échec. Ils se retrouvent souvent à jongler entre des cours supplémentaires, des activités sportives et des engagements sociaux, tout cela en cherchant à répondre aux attentes élevées de leurs parents. Cette situation peut mener à une augmentation des troubles de l’anxiété et de la dépression parmi les jeunes, qui se sentent piégés dans un système qui valorise la performance au détriment de leur santé mentale.
De plus, cette culture de la compétition peut également créer des divisions au sein de la société. Les familles moins favorisées se sentent encore plus marginalisées lorsqu’elles sont confrontées à des parents qui investissent des quantités considérables dans l’éducation de leurs enfants. Une mère jiwa, qui préfère rester anonyme, explique : « Je vois des parents dépenser des sommes folles pour des tuteurs privés et des cours particuliers, et cela me fait craindre que mes enfants ne soient pas à la hauteur, même si je fais de mon mieux ».
En conclusion, la culture jiwa en Chine illustre une tension entre la volonté de réussite et les besoins émotionnels des enfants. Alors que les familles naviguent dans cette dynamique complexe, il est impératif de trouver un équilibre entre la compétition et le bien-être des enfants. L’éducation en Chine est en pleine transformation, et les défis auxquels les parents sont confrontés soulignent l’importance d’une approche réfléchie et holistique de la parentalité.